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De Beyneou à Makhatchkala: morne plaine

On quitte le Manguistan à regret, mais nous sommes obligés de bouger car notre permis d’importation expire bientôt, il faut qu’on soit sortis de la zone Kazakhstan – Russie le 28 avril, et la route est longue pour contourner la Caspienne. Si l’Azerbaïdjan avait rouvert ses frontières, on aurait pris le ferry d’Aktau à Bakou mais ce n’est toujours pas possible. Alors, davaï!

Sacha le chameau

Entre Beyneou et Atyrau, la route traverse des paysages tout plats, monotones… et plutôt moches, n’ayons pas peur de le dire ! En réalité le terrain n’est pas tout à fait plat, on longe de nombreuses lagunes, certaines sont en eau après les pluies de cet hiver. Les tamaris sont en fleurs, on se croirait presque en Camargue. Ici on ne croise pas de taureau sauvage mais parfois quelques vaches maigres, et surtout des chevaux et des chameaux, au nombre de bosses indéterminé: parfois 1, parfois 2, ou même 1 bosse 1/2. Ils sont en train de perdre leur poil d’hiver et ne sont pas toujours à leur avantage. La région est fortement exploitée pour ses ressources en gaz et en pétrole, du coup la steppe est massacrée, lacérée par des coups de bull, la voie ferrée, des lignes électriques, des gazoducs, des tas de remblais… Et de temps en temps, des cimetières kirghizes, dans lesquels comme toujours, les tombes sont plus belles que les maisons des vivants. Le pays est venté toute l’année. Le vent transporte de la poussière et du sel qui attaquent les poumons, du coup les gens vivent à l’intérieur enfermés. Pourtant dans les villes et villages, il y a toujours des aménagements publics et du mobilier urbain, qui semble quand même peu utilisé. Des jeux pour enfants, des bancs publics, des fontaines à sec… Les resto-routes semblent tous fermés mais en réalité il y a de la vie à l’intérieur. Les chiottes en revanche sont toujours dehors, et il faut être très motivé pour les utiliser !


Atyrau

Arrêt rapide à Atyrau pour faire rafistoler la bâche delà tente de toit qui est bien fatiguée et qui s’est décousue avec le vent. On ne trouve pas de tissu solide au bazar (on ne doit pas être au bon endroit), du coup un sac de patates coupé en morceaux servira à faire un rapiéçage et fera l’affaire pour cette fois, ça tiendra ce que ça tiendra jusqu’à ce qu’on trouve mieux. On bricole la porte avant qui s’était déformée, emportée par le vent, on déguste une bonne shashlik (brochette), et on repart direction Astrakhan sur une route qu’on sait être abominable pour y être passés en 2016. Le goudron est tellement foutu, percé de nids de poule, voire de trous de mammouth que la progression est infernale. Bonne surprise, un chantier de rénovation est en cours et il a bien progressé puisque les 120 premiers kilomètres sont presque totalement refaits. Quand on ne roule pas sur un goudron tout neuf, on est sur la piste de chantier en terre qui est bien meilleure que l’ancienne route. Malheureusement ça ne dure pas, il reste encore des tronçons à terminer. Les paysages sont toujours aussi monotones. On traverse le delta de l’Oural puis on se rapproche de celui de la Volga. Vu depuis les images satellite, c’est assez joli, on distingue les anciens cordons littoraux qui marquent les variations de niveau de la mer Caspienne. En revanche on ne voit presque rien depuis le sol, juste de petites buttes, sur lesquelles des cimetières ont souvent été installés. Le temps est couvert, le vent de sable s’est levé, il tombe quelques gouttes de pluie entre deux rafales… bref, il faut qu’on avance pour se sortir de là.

Les anciens cordons de dunes entrecoupés de lacs dans le delta de la Volga

On arrive à la limite du delta de la Volga, les paysages verdissent tout à coup, les vaches remplacent les chameaux. On trouve enfin un hôtel ouvert, une immense salle de resto rien que pour nous et une douche chaude, la première depuis plus d’une semaine, il était temps !

Astrakhan

On passe la frontière entre le Kazakhstan et la Russie sans problème.
Astrakhan est la capitale du caviar. On hésite à s’arrêter pour le goûter mais il est encore tôt, on doit être sortis de Russie dans peu de temps et on voudrait visiter un peu le nord du Caucase avant de partir. On décide donc d’avancer en direction de Makhashkala où Laurent me promet de trouver un resto à caviar (on n’est trouvera pas, je lui en voudrais à mort, mais je me console en lisant que 9/10eme du caviar russe est issu d’exploitations clandestines mafieuses qui contribuent à exterminer les esturgeons et qu’en plus il faut les éventrer vivants pour extraire les œufs, bref, c’est barbare !).

Les paysages ont changé lorsqu’on est entrés dans le delta de la Volga, un très grand fleuve, celui qui est le principal responsable des variations du niveau de la mer Caspienne. Le delta est immense. On passe plusieurs ponts et un bras de rivière sur un pont flottant.

Encore une fois, c’est joli depuis les images aériennes où on voit les cordons de dunes séparés par des lagunes, mais vu du sol c’est encore bien monotone. Les vaches ont remplacé les chameaux. C’est weekend, il y a de nombreux pêcheurs le long des bras de rivière.

Makhatshkala

On arrive enfin à Makhatshkala, la capitale du Daghestan, une des républiques musulmanes du Nord Caucase, vue avec méfiance par Moscou. On se fait contrôler à l’entrée de la province avec passage aux rayons X. On passe ensuite plusieurs autres contrôles sous le regard bienveillant des flics au vu notre statut de touristes (ils n’en voient pas souvent par ici).

Dans une station service j’achète du calamar séché pour l’apéro, il y a tout un rayon de poisson séchés aussi, on sent que c’est la spécialité du coin. Malheureusement on se rend compte que les calamars viennent du Pérou ! Plus loin, les stands de poissons séchés se succèdent en bord de route, ceux-là sont péchés localement c’est sûr.

De très nombreuses constructions sont en cours sur les plages et le front de mer. La ville est riche par rapport à la steppe des alentours, en pleine expansion et le front de mer attire les touristes Russes (surtout que depuis quelques temps ils ne peuvent plus voyager en dehors de leur pays). Des hôtels tout neufs côtoient des petites maisons particulières et des ruines soviétiques en partie ensablées.

Il faut savoir que le niveau de la mer Caspienne a beaucoup varié dans le temps :il est passé de -26m dans les années 1930 pour atteindre un minimum à -29m en 1978, puis est remonté jusqu’à -26,5 à la fin des années 1990; depuis,le niveau chute rapidement à la vitesse de presque 7cm/an. Du coup les lignes de rivage et les cordons de dunes se sont déplacés rapidement. Les aménagements littoraux ne sont pas faciles dans le coin !

On récupère de la longue route avec un plateau de fruits de mer dans un resto pinpin du centre ville, un peu de luxe de temps en temps ça fait pas de mal 😉 Le soir, on se balade sur le front de mer et oh surprise, dans la pénombre on rencontre les fameux phoques endémiques de la Caspienne, une espece menacée qui vit essentiellement dans le sud. Malheureusement ce sont des cadavres échoués sur la plage… Ils sont victimes de la chasse et de la pollution.