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De la Méditerranée à l’Aral

La traversée de la Pologne, l’Ukraine et de la Russie se fait dans des paysages plats, très monotones et le trajet nous parait interminable, beaucoup plus long qu’en 2015. Les champs de blé alternent avec les champs de tournesol et de patates, de blé, de tournesol, de patates… et c’est à peu près tout. Heureusement les tournesols sont en fleurs, ce qui est assez joli, et on trouve quelques bivouacs sympas dans la campagne.


 


Étonnamment, aucune abeille dans les champs, pas d’insecte.

Les routes principales en Ukraine sont en bon état. De temps en temps on y voit encore circuler des charrettes tirées par des chevaux, dont une qui a cartonné avec une voiture, autant dire qu’il n’en reste plus grand-chose… Ça roule tellement bien qu’on se prend une prune pour excès de vitesse, 90 au lieu de 50 km/h, hum… les flics sont plutôt sympas, pas corrompus ; il faut aller payer à la banque et on ne nous demande aucun cadeau. Bon 9€, c’est raisonnable, chez nous on aurait perdu le permis (enfin, le permis de Laurent !) Suisse France 1 – 0.

Kiev est une ville en extension, des centaines d’immeubles sont en construction et les grandes enseignes emblématiques de la société de consommation à l’occidentale sont bien implantées : Leroy Merlin, Auchan, Casto, KFC, Mac Do, etc. Petit stop à Leroy Merlin pour acheter une nouvelle pelle, indispensable si on s’embourbe plus tard sur les pistes. L’ancienne a le manche bouffé par les vers, je doute qu’elle soit encore utilisable et on ne trouve pas de manche adapté. On fait un petit tour dans le magasin par curiosité : certains produits sont les mêmes que chez nous, aux mêmes prix, donc ultra chers pour le pays, mais il y a aussi des gammes de produits beaucoup plus accessibles (dont notre nouvelle pelle). Les modes sont aussi bien différentes : les modèles de cuisine sont très « rétro », comme les carrelages – qui ressemblent aux modèles kitch qui se faisaient en Europe il y a 50 ans.

La frontière se passe sans problème coté Ukraine. Coté Russe, on a droit à une fouille complète du véhicule, c’est la première fois que ça nous arrive. Ils trouvent le drone, cette fois les chaussettes et culottes sales ne les arrêtent pas. Ce n’est pas interdit en Russie, donc pas de problème. Ils nous font ouvrir la tente de toit, mais le douanier, qui a peur de monter sur la galerie, laisse tomber.

Passé la Volga à Saratov, on sent qu’on change de climat, d’environnement et de culture. Les sols dans les champs sont moins noirs ; les fameux « tchernozium » qui portent les cultures fertiles de l’ancienne URSS laissent la place à des sols bruns et peu à peu la steppe va remplacer la forêt. On se rend compte au bivouac qu’on est à la limite de l’aire de la fraise des bois (mais les fruits sont tous secs) et du cannabis (pas très en forme non plus).

Côté humain, les Russes sont remplacés par les Kazakhs. Les menus changent dans les restos de bord de route, on commence à y trouver des plats typiques d’Asie centrale : du langman (soupe de pates aux légumes, viande et bouillon), plov (riz sauté aux légumes et morceaux de viande), mantis (gros raviolis fourrés à la viande et aux oignons), chachliks (brochettes de viande grillée). Surprise dans un café : l’alcool est interdit (incroyable en Russie !!!), une salle de prière recouverte de tapis est disponible, et il n’y a plus que des hommes dans les cafés… On comprend le pourquoi du tracé des frontières sous Staline : la limite entre la République de Russie et du Kazakhstan correspond à celle de la fertilité des terroirs : tant que les sols sont riches et fertiles, c’est la Russie, quand ça devient plus pauvre, c’est le Kazakhstan et le pays des nomades éleveurs (à l’époque en tous cas, actuellement les Kazakhs sont tous sédentarisés).

La route entre Saratov et la frontière kazakhe est complètement pourrie, on sent que cette partie du pays est laissée à l’abandon. En revanche, coté Kazakhstan, le goudron est excellent. La première grande ville est Oral, sur le fleuve du même nom. C’est une grande ville, propre, arborée et riche. Le Kazakhstan se développe rapidement grâce à ses ressources de gaz et de pétrole. On y cherche un hôtel car cela fait quelques heures qu’il pleut, et en plus on ne serait pas contre une bonne douche. Celui qu’on trouve est du plus pur style soviétique. Un peu daté mais assez bien entretenu, avec de longs couloirs interminables recouverts de tapis, une monté d’escaliers majestueuse, une dame d’étage,… et un resto improvisé dans une ancienne chambre, des draps trop petits, une salle de bain déglinguée, une wifi qui ne marche pas, etc, etc.

Le lendemain, Laurent au volant oublie de mettre un cligno et se fait gauler par les keufs. Le flic insiste pour montrer la vidéo du délit, avant de proposer (bien planqué dans la voiture) si on aurait pas un petit souvenir ? l’idée de la carte postale ne l’enchante guère et il renonce, grand prince, au PV. Toujours 1-0, donc.

La route vers Aqtobe est bonne, quoique incroyablement monotone (un peu mois de 500 km de steppe bien plate et vide). Le soir nous nous en éloignons pour retrouver Lise et Frédéric, des copains Gapençais qui rentrent du Japon et voyagent donc dans le sens inverse du nôtre. Magie d’internet, nous nous retrouvons au fin fond du Kazakhstan pour passer une super soirée, boire des bières flamandes, manger des framboises (probablement russes) et déjeuner au miel de l’Altaï.

Tumulus et ciel d’orage sur la steppe

Nous faisons ensuite route vers Irghiz où se trouve un célèbre cratère de météorite sur lequel Cécile rêve d’aller balader. Une météorite est tombée là il y a environ 1 million d’années (hier quoi !) créant un impact d’une douzaine de kilomètres, et certainement une perturbation semblable à un hiver nucléaire, mais insuffisante néanmoins pour provoquer une extinction de masse. La collision aurait provoqué un nuage incandescent chargé de silice qui a précipité sous forme de pluie de gouttes de verre sur de larges distances. On appelle ces projections des irguizites, du nom du village voisin. Dans les paysages, rien de spectaculaire, le cratère est indétectable pour un non-géologue, ses vestiges sont représentés seulement par de petites collines assez quelconques. Mais elles sont faites d’un mélange de roches venues des profondeurs qui forment un beau micmac géologique. On s’y dégote un beau bivouac sur une crète, près d’anciennes tombes. Cécile ramasse un stock de jolis cailloux, des roches brulées, et des éclats d’outils taillés par les hommes préhistoriques dans des roches formées par l’impact de météorite, génial non ?

Le lendemain, après encore quelques centaines de km, on fait un stop à Aralsk, l’ancien port principal du nord de la mer d’Aral. C‘est impressionnant de voir les quais vides, les bateaux et les grues portuaires abandonnés qui témoignent d’un des plus grands désastres écologiques du 20ème siècle. Pour développer la culture du coton, Staline et ses successeurs ont détourné les eaux de la Syr Daria et de l’Amou Daria, les deux grands fleuves qui alimentaient la mer d’Aral, provoquant l’assèchement de celle-ci. Il a déporté au passage des millions de personnes pour développer l’agriculture le long de ces vallées. Aujourd’hui on construit encore de grands barrages le long de ces fleuves pour produire de l’électricité et continuer à étendre les terres agricole, inutile de dire qu’un retour en arrière est complètement illusoire. Depuis la disparition de la mer, le climat de la région s’est asséché, les vents de sable sont de plus en plus violents (on le comprendra bien le lendemain !), emportant des poussières polluées et engendrant de nombreuses maladies respiratoires.

Les grues abandonnées de l’ancien port d’Aralsk
Reflet dans la mer…
Il reste quelques poissons encore… dans le musée !

On repense aux récits d’Ella Maillard, la célèbre exploratrice suisse, qui a traversé la mer d’Aral en bateau dans les années 30 depuis Moïnaq en Ouzbékistan jusqu’ici à Aralsk. Elle prend le dernier bateau de la saison avant que les fleuves et la mer ne gèlent… Effectivement, il reste quelques traineaux à neige et patins à glace en exposition au musée.

On se rend bien compte de ce qu’est le climat continental : glacial l’hiver, torride l’été et marqué de vents violents. Le soir au bivouac la chaleur est difficile à supporter : dans la tente on a l’impression d’être dans un four, si on ouvre on a l’impression d’être sous un sèche-cheveux à cause du vent. Heureusement on trouve un beau bivouac au bord du lac Qamystylas situé dans le delta de la Syr Daria. On peut se baigner et se rafraichir avec les vaches pour compagnie. En bord de route ce sont plutôt des chameaux que l’on voit, c’est vrai que plus leur terrain.

Ce soir, direction Baïkonour pour voir (de loin) le lancement d’une fusée.

Un commentaire

  1. Super, quel plaisir de vous lire, on attend la suite avec impatience et l’envie de suivre vos traces est grande. Merci de nous faire rêver.

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