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Cap au sud

Afin d’amener notre voiture dans la péninsule arabique, on va emprunter le nouvel itinéraire qui s’est ouvert il y a deux ans et qui passe par l’Irak, qui est maintenant (en grande partie) pacifié.

Il y a en fait deux routes possible, une par l’Iran, et l’autre par la Turquie et le Kurdistan Irakien. La route par l’Iran est nettement plus directe et plus facile en terme de visa. C’est donc par là qu’on se dirige. Effectivement, il est très facile d’obtenir un visa iranien, alors que le visa irakien n’est disponible qu’à l’aéroport de Baghdad et aux frontières avec l’Iran et le Koweït.

Pour cette partie je voyagerai seul, puisque Cécile est restée bien au chaud en France et me rejoindra en Arabie saoudite lorsque j’y aurai amené la voiture.

A peine arrivé à Yerevan, je file à l’ambassade iranienne pour récupérer mon visa, que j’avais pré-approuvé à l’aide d’une agence iranienne, comme on l’avait fait plusieurs fois par le passé. Surprise: au lieu d’un autocollant dans le passeport on me donne juste une impression du visa électronique. Et cela pour 75€ (50€ + 25€ prix « express ») échangé de main à main en cash… hem. Donc en 5 minutes c’était réglé. 

Prochaine étape, récupérer la voiture: on l’avait laissée en gardiennage au camping 3gs près de Yerevan, qui se sont fait une spécialité avec la construction d’un hangar rien que pour ça. Malheureusement ils ont oublié de débrancher la batterie, comme je leur avais demandé de le faire (ils devaient déplacer les véhicules plus tard mais finalement ils ne l’ont pas fait), et comme on a une fuite éléctrique quelque part, les batteries se sont vidées, et une batterie qui descend au-dessous d’un certain voltage est morte. D’un autre coté, ils ont détecté le problème et remplacé les batteries avant que je débarque, donc bravo à eux.

La route vers l’Iran passe par une étroite portion de l’Arménie qui sépare l’Azerbaijan du Nakhitchevan, une exclave azérbaijanaise, qui est connu sous le nom de corridor de Zanguezour. Relique des manipulations des frontières intérieures de Staline (comme pour le Haut-Karabakh), le Nakhitchevan n’est plus atteignable depuis Bakou par la route. Du temps de l’URSS, il y avait une route et une voie ferrée très importante qui passait le long de la rivière Araxe, qui forme la frontière avec l’Iran, seule voie possible dans cette région très montagneuse. Aujourd’hui les Azerbaïdjanais, regonflés après avoir repris le Haut-Karabakh, aimerait imposer à l’Arménie un passage à travers ce corridor pour désenclaver le Nakitchevan.

Concrètement, sur le terrain cela se manifeste par une certaine tension: la nouvelle route qui passait près de la frontière de l’Azerbaïdjan est maintenant fermées et controlée par l’armée (dont des soldats russes). Il faut donc emprunter l’autre route très escarpée qui passe par Tatev. Les pentes sont très fortes, donc les poids-lourds (et notre HZJ 78) peinent . En arrivant à la frontière, j’essaie de rejoindre la gare abandonnée de Mestia, que l’on avait visité facilement il y a quelque années: je dois négocier avec le soldat du checkpoint pour me laisser passer 1/2h, en lui promettant de revenir.

Tous les rails ont été prélevés à la suite de l’indépendance en 1991, lorsque l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont entrés en guerre et qu’il est devenu clair qu’aucun train de passerait plus par là. Mais on peut encore voir les nombreuses galeries construites pour protéger la voie ferrée. Il semblerait possible de réhabiliter cette voie de communication relativement facilement, si la situation politique le permettait.

Le passage de la douane est très facile, du coté Arménien cela se passe très vite, et du coté Iranien également: pas de mention de plaques d’immatriculation temporaire ou autre. Il faut juste le carnet de passage, faire des copies et c’est réglé. 

Armé de mon visa électronique, je pense recevoir un tampon d’entrée dans mon passeport, mais non: c’est la page imprimée du e-visa qui est tamponnée. Okay, c’est nouveau !

Le seul souci, c’est que comme on est vendredi, le bureau qui vend des assurances est fermé. Tant pis, je le ferai à Tehran. Je pars donc vers le sud par de très jolies petites routes, avant de trouver un petit coin de bivouac juste à l’extérieur de Tabriz. Prochain objectif: rejoindre Téhéran, ou je vais faire faire un peu de maintenance à la voiture. Je dois retrouver Mehrdad, un guide qui organise des voyages dans le désert et qu’on avait rencontré il y a quelques années dans le Lut, et qui connait tous les spécialistes 4×4 de la capitale.

On amène donc la voiture dans un grand centre d’aménagement de 4×4, entre autres, où l’on voit que les sanctions américaines n’ont que peu d’effet sur les riches.

Le but est de résoudre quelques soucis qu’on traîne depuis qu’on a récupéré notre voiture après la pandémie: géométrie du train avant, blocages des différentiels et clim.

Étonnamment, on trouve toutes les pièces à Téhéran. En fait, tout passe par Dubaï, en marché gris qui évite les sanctions. Les Toy séries 70 ne sont pas inconnus en Iran, on les voit notamment utilisés comme ambulance dans les régions rurales. C’est ainsi qu’ils ont réussi à me dénicher un compresseur de clim d’occase, le nôtre ayant explosé au milieu du Manguistaou.

Tout cela prend 1 semaine, en comptant le week-end. Mais comme les Iraniens sont hyper-accueillants, le patron du garage me propose de partir avec eux dans le désert de Maranjab. Les dunes ne se trouvent qu’à 3 heures de voiture de Téhéran, donc c’est un peu leur terrain de jeu favori du vendredi. Ils ont tous des Patrol ou des Landcruiser récents avec de gros 6-cylindres essence qui dépotent, donc ils s’amusent comme des petits fous dans leur bac à sable géant. Notre lourd 78 diesel en serait bien incapable. Merci les gars !

Je finis de visiter Téhéran et ses quelques musées pas si intéressants que ça. L’ambassade américaine est transformée en un espèce de musée géré par des ados. Bof.

Je me déplace en métro parce que le traffic est infernal. Mais le métro est efficace, et c’est d’ailleurs aussi un lieu pour les vendeurs à la sauvette: cables USB, chaussettes, tapis, sacs à main, …

C’est la première fois que je reviens en Iran depuis les manifestations suite à la mort de Mahsa, cette jeune femme qui a été arrêtée pour ne pas avoir porté de voile. Et bien les choses changent: on peut voir de très nombreuses Iraniennes qui enlèvent leur voile dans de lieus public comme les cafés, le métro, etc. Cela reste une minorité, certes, peut-être une sur 20. Mais dans le « food court » d’un centre commercial assez chic, par exemple, toutes les femmes avaient enlevé leur voile ! Bien sûr, dans les régions rurales on est bien plus conservateur et ce n’est pas pareil.

Je récupère donc notre voiture en parfait état, vidange moteur et vidange des ponts (où de l’eau s’était infiltrée), clim OK et blocage de diff fonctionnels. Je pars donc sans trop de détour en direction de la douane irakienne qui est à l’extrême sud-ouest du pays. En effet, c’est actuellement le seul point de passage entre l’Iran et l’Iraq où l’on peut obtenir un visa.